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GravelWoman sur les chemins d'Euskadi

Des pottoks en liberté, des cheptels de moutons et de vaches à cloches, d’imposantes demeures blanches aux encadrements rouge ou vert... C’est bien au cœur des verdoyantes étendues basquaises que se tenait la 5ème édition des GravelMan series ce week-end du 16 juillet après notamment le GravelMan Auvergne. Et les engagés ont très vite découvert les difficultés que réservent les chemins de l'Euskadi. En témoignent les quelques 8015 m D+ de l’itinéraire route sur 331,48 km et les 8616 m D+ sur 320,95 km pour la trace gravel. « Sans doute l’édition la plus difficile en termes de dénivelé », confirme Stéven Le Hyaric, organisateur. Sur 120 participants, elles étaient 8 femmes. Huit GravelWoman prêtent à en découdre avec les routes basquaises. Elles nous racontent sans filtre leur aventure, entre la peur de rouler de nuit, l’excitation de se lancer dans une telle expérience en solitaire ou parfois la nécessité d’abandonner pour revenir plus forte. Car l’aventure, c'est aussi et surtout des imprévus. Échange avec ces super GravelWoman ! 

Marion Hubert : « Je me disais que c’était trop dur pour moi »

Pour cette triathlète de 24 ans, l’aventure GravelMan était une première. Voilà un moment qu’elle en rêvait. « J’avais très envie de m’engager mais je me disais que c’était trop dur pour moi... ». La jeune vétérinaire a bien fait de persister, car malgré les galères à répétition, Marion n’a jamais lâché. 

Et pourtant, elle a bien eu des occasions. « La première partie n’était pas encore trop dure , avoue Marion. C’est au bout de 70 km à Saint Jean de Pied de Port que ça a commencé à se corser. » Les premiers cols difficiles pointent leur nez . Marion pose le pied et pousse son vélo. Sur cette portion, aucun moyen de se ravitailler. Alors elle doit prendre de l’eau dans la rivière. « Là j’étais un peu démoralisée » , confie-t-elle. Les imprévus continuent de s’accumuler... Marion et son compagnon, Guillaume, ont réservé une nuit au col du Soudet. En retard sur leurs prévisions, ils s’arrêtent plus tôt, à Larrau. Là-bas, plus de place pour les accueillir. « La dame du camping nous a proposé un studio inoccupé. On a eu vraiment de la chance ! » . Les galères continuent le lendemain mais la jeune femme ne faiblit pas. Engagée sur une montée, elle casse sa chaine et tombe. « Sur le coup, je me suis dit que je n’allais pas pouvoir finir. Il restait 70 km... C’était l’obstacle de trop. » Mais pas question d’abandonner. Marion et Guillaume se font ramener à l’arrivée pour réparer le vélo puis redéposer sur le lieu de l’incident. 

Pour la première fois, Marion roule de nuit. « Au début c’était vraiment angoissant. On ne sait ce que réserve la route, si cela va monter ou non... » Coup de fatigue à 2 heures du matin en pleine forêt au milieu d’un col. Le couple s’arrête à l’église de La Bastide pour dormir quelques minutes. L’arrivée à Saint Pée sur Nivelle se fait non sans peine, à 6h30 du matin. « Sur le vélo, je me suis souvent répété que je n’aurais jamais dû m’inscrire… Et puis en arrivant, j’étais vidée mais tellement fière d’être allée au bout. »

Céline Modolo Réjaud : « Seule, j’avais peur de craquer »

La veille du départ, Céline stresse. Malgré son expérience sportive, c’est la première fois que la dynamique maman de 50 ans s’engage sur une course seule. « J’ai peur de me perdre ou de ne plus savoir utiliser le GPS ». C’était sans compter sur son abnégation et sa résilience à toute épreuve.Céline oublie très vite sa crainte de la solitude, et tout au long du parcours, elle rencontre de nombreux compagnons de route. « On parlait parfois juste 5 minutes mais c’était des moments précieux. » Elle partage aussi une partie de la trace avec Émeline et Florian. Ils se motivent, s’attendent sur les passages difficiles.

Imperturbable, Céline se voit à deux reprises proposer par d’autres participants de bifurquer pour couper la trace. « J’ai refusé, j’ai résisté. Je savais que j’étais dans les temps et que je le ferais, même en marchant s’il le fallait » Céline semble en osmose avec elle-même. La solitude sur le vélo lui va bien aussi. Elle repousse ses limites, se surprend et trouve même de nouveaux moyens pour se motiver. Comme dans ce col gravi aux côtés d'un chien de berger : « J’avais enfilé mes baskets pour pousser le vélo. J’ai fait une bonne partie avec ce toutou. Je lui parlais, un très bon souvenir ! » 

La trace est impitoyable. Qu’importe, Céline est prête à tout endurer pour aller au bout. « C’était dur mais j’ai super bien vécu l’aventure. J’avais peur de craquer mais j’étais tellement concentrée sur mon objectif que je n’ai jamais flanché. Physiquement et mentalement je m’étais bien préparée. »

Elle franchie la ligne d’arrivée avec un grand sourire. « Je me suis surprise sur les 10 derniers kilomètres. Et cela m’a même donné envie d’en faire plus ! » Elle se rêve déjà à d’autres challenges, mais cette fois-ci en équipe. Cette passionnée d’effort a trouvé ce qu’elle était venue chercher. « Je ne me connaissais pas, je ne savais pas si mentalement j’y arriverais seule. Et finalement, cela m’a réussi. »

Muriel : « Touchée mais pas coulée »

Muriel était ce week-end là en terre familiale. La Toulousaine née à Bayonne avait envie de découvrir l’intérieur des terres basques. Et surtout de se tester aux côtés de son compagnon Stéphane, en vue de leur participation au BikingMan en septembre prochain. « On avait pour objectif de rouler une journée et une nuit. On avait besoin de savoir comment on réagissait à un tel effort. » La jeune femme de 29 ans a appris bien plus.  Ce couple de passionnés de vélo avait tout prévu. « On s’était fait un road book et fixé une moyenne de 10km/h pauses comprises. On voulait le boucler en 35 heures. » Très vite, Muriel et Stéphane sont en avance sur leurs plans. La jeune femme passe sans difficulté le col d’Ispegi qu’elle appréhendait. Pause à Saint Jean Pied de Port. Le couple est en avance d’1h30. 

Les choses commencent à se corser. Muriel se souvient des côtes où elle a longtemps poussé le vélo : « Au-delà de 18 % j’étais obligée car ma roue avant se levait et si je me mettais en danseuse, je patinais. » Ces difficultés n’entachent pas le moral de Muriel et Stéphane. Ils s’émerveillent de la beauté des paysages. Surtout au col de Ronceveau : « on était dans cette réserve protégée, avec des vautours qui nous survolaient. On était comme dans un autre monde. » 

Puis « le drame » arrive. Impossible de trouver un plat chaud le vendredi soir. « Ne pas pouvoir manger et ne pas avoir d’endroit où dormir nous a fait défaut... Pour nous c’était trop. » Pendant une heure, le couple démoralisé doit aussi gérer une crevaison de Stéphane. Les difficultés s’accumulent et la fatigue se fait sentir. A 3 km du col du Soudet, le couple épuisé s’arrête au bord de la route pour une sieste sur l’asphalte. « On commençait à broyer du noir. » Ils repartent, mais cet épisode laisse des traces. Il est 4 heures du matin. Dans la descente, elle ferme les yeux de fatigue. « Il fallait qu’on trouve un endroit où dormir. On s’est installé dans une église et on a dormi 2 heures. » Mais au réveil, les choses ne vont pas mieux. Tous deux souffrent terriblement du postérieur. 

La décision est difficile. Muriel repense à tous ces entrainements et tous ces sacrifices. Elle motive son mari pour continuer encore 30 km. « On est resté 15 km en danseuse... Alors on a abrégé le calvaire. » Après 234 km et 5800 D+, Muriel et Stéphane s’arrêtent. Mais avec la fierté d’être allés au bout d’eux-mêmes. Ils ont même prévu de refaire la trace dans les prochaines semaines. « Touchée mais pas coulée », lance spontanément la jeune femme. 

Louise David : « S’écouter pour mieux se transcender, voilà la clef. »

Les Flandres, Deauville et maintenant le Pays Basque. Louise commence à être une habituée des GravelMan. Mais elle le sait, chacune des éditions réserve son lot de surprises. Et surtout cette étape basquaise sur laquelle elle a décidé de s’engager seule pour la toute première fois. 

Cette triathlète a l’habitude d'enchaîner les kilomètres. Mais pas de faire face à autant de cols. « C’était la première fois que je faisais un tel dénivelé. J’avais un peu peur… J’habite à Paris donc je n’ai pas l’habitude et je n’ai pas eu l’occasion d’aller en montagne m'entraîner » Les cols basquais lui donnent du fil à retordre. Ils rythment son aventure et son moral. Comme l'ultime difficulté où elle aperçoit trois compères au loin prêts à entamer un passage très raide. « Au loin j’en ai vu un qui est descendu du vélo juste avant ce pétard. Cela m’a mis un coup au moral mais en voyant ça, ça m’a aussi aidé, je me suis donnée de petits objectifs pour le monter. »  

Il en est un autre qu’elle avait peur d’affronter : le col de Pagolle. « La veille, j’ai étudié la carte et je savais qu’il serait très difficile. Donc j’y ai pensé tout le temps et je l'appréhendais beaucoup. Finalement, j’étais tellement concentrée sur la route que je ne me suis pas rendue compte que je l’avais déjà passé… » Celui qui a marqué son esprit et celui de nombreux participants, c’est celui du Soudet. Au milieu de la montée, Louise se rappelle avoir un coup de mou. « Je me disais que je n’irais pas jusqu’au bout et je me demandais ce que je faisais là, tellement j’en bavais… »

Pour cette première aventure en solo, la jeune femme souriante a surtout été marquée par l’ambiance si spéciale qui règne sur ces épreuves. Pendant l’effort, elle s'est sentie rassurée d’être entourée par des compagnons de galère. « Cela aide à relativiser. J’ai vraiment eu l’impression d’avoir rencontré plus de monde que sur les autres éditions, d’avoir encore plus partagé. Même si je suis partie seule, je ne l’étais pas. » Contrairement aux autres éditions, Louise est allée à son rythme. Elle est même surprise d’avoir si bien vécu cette aventure.

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