LES VELO-CLUBS FRANÇAIS – 3ème Partie

L’ère des communautés cyclistes

Plus que le carbone, le gravel ou l’assistance électrique, c’est internet qui a changé notre pratique du vélo. En effet, les réseaux sociaux ont permis l’avènement de nouveaux groupes de cyclistes, allant du club ultra-local à la communauté internationale. En voici un aperçu en quatre portraits.

1/ Le Paris Chill Racing par Julien Sommier

Quand on me demande ce qu’est le Paris Chill Racing – plus communément appelé PCR – j’aime dire que c’est « un groupe de potes qui roule avec de futurs potes ».

Au départ, c’était juste une bande d’amis qui se réunissaient place du Palais Royal autour d’une passion pour le pignon fixe. C’est vraiment à partir de 2010 que notre petit ride du mercredi s’est structuré pour devenir le PCR. Ce qui nous plaisait c’était vraiment le fixe, pas le vélo. On aimait ce côté underground, dans l’esprit du skate, loin de la compétition et du lycra des pelotons.

Ce noyau initial a évolué en fonction de l’arrivée de nouvelles personnes motivées. Le principe du club c’est que chacun apporte sa pierre à l’édifice. En fait, on est plus un mouvement ou une communauté qu’un club. Il n’y a pas d’inscription, pas de cotisation, pas de réunion. Les projets naissent de la motivation et de la présence des gens. Le PCR c’est avant tout un état d’esprit partagé par toutes sortes de cyclistes. Il faut croire que ça en touche pas mal vu qu’on est presque 2 000 sur notre club Strava.

La base du PCR, c’est le ride du mercredi, tous les mercredis soir à 21h au départ de la Place de la République, et on finit au Penty, un rade à côté du Marché d’Aligre.

Ensuite il y a l’Escape Town qui est un genre d’ultra alleycat qui va au delà de la ville.
Il y a aussi le Supercross, une série de course de cyclocross urbains et puis pas mal de fêtes en fonction des différents événements.

Après 9 ans, le mouvement ne s’essouffle pas mais il faut parfois ranimer les braises. On a la chance d’être à Paris donc il y a un vivier de talents. D’ailleurs, c’est surtout la ville en elle-même qui nous permet de faire tout ça. La capitale a juste la bonne taille. Elle est suffisamment petite pour être traversée en une demi-heure, et suffisamment grande pour qu’il y ait une diversité de cyclistes. Un PCR ne pourrait pas exister de la même manière à New York ou à Londres. C’est trop grand, la circulation n’est pas la même et dans les petites villes il n’y aurait pas assez de monde, la dynamique s’essoufflerait, un peu comme dans un groupe de rock.

Le but du PCR, c’est la promotion du vélo urbain sous toutes ses formes. Du fixe, on est passé au vélo. C’est l’évolution normale : tu finis par avoir mal aux genoux, tu découvres l’intérêt des vitesses quand tu habites Montmartre, tu te rends compte de la connerie de rouler brakeless en dehors de la piste ou des critériums, etc. Aujourd’hui, sur un ride du mercredi, il n’y a plus que 10% de fixe. En fait, je dirais qu’il y a surtout des vélos urbains, c’est à dire des mecs qui roulent tous les jours pour se déplacer. Ce n’est pas un truc de cyclistes du dimanche, de gars qui font leurs cent bornes tous les week-ends, même s’il y en a aussi.

Finalement, le seul détail qui va nous relier aux clubs classiques, c’est les maillots du PCR. Quand on faisait du fixe, on disait qu’on ne voulait pas faire de vélo mais à force d’être en selle il a bien fallu qu’on troque les jeans contre des cuissards. Du coup, quitte à porter du lycra, autant le faire façon PCR. Comme il y a plein de graphistes dans le club, tout le monde voulait faire le sien. C’est comme cela qu’est né notre maillot multi-motifs.

Il y a même des mecs d’Austin ou de Dallas qui nous en ont commandé mais on n’est pas une marque et on ne fait aucun bénéfice. On a bien une asso mais sous un autre nom afin que le PCR n’appartiennent à personne, qu’il n’y ait pas de leader. En fait, on a tellement créé un mouvement sans barrières ni frontières que les gens ne savent pas qui est PCR et qui ne l’est pas, quel évènement l’est ou ne l’est pas. Les journalistes ne comprennent pas où s’arrête le truc. Nous non plus.

2/ Le Chilkoot Cycle Club par Luc Royer

Chilkoot est né en 1999, fruit d’une passion pour le Grand Nord et l’aventure. Ce n’est qu’en 2012 avec un tout premier BTR (Born To Ride) que Chilkoot s’est vraiment orienté vers le cyclisme. Les événements touchant de plus en plus de monde, des amis m’ont poussé à structurer une offre événementielle et j’ai créé ma petite entreprise il y a deux ans.

En dehors de cet aspect logistique, Chilkoot est avant tout un collectif de passionnés d’un cyclisme dit d’aventure, où Chilkoot officie comme une sorte de scénariste et de metteur en scène et les participants en acteurs et interprètes, avec libre cours à l’improvisation.

Les événements évoluent au gré de mes inspirations, de mes lectures, de mes découvertes de films et de territoires. La raison économique voudrait que je m’en tienne à un renouvellement des événements (amortissement oblige) mais mon goût pour l’exploration et notre légitime curiosité de cycliste nous pousse toujours vers de nouveaux territoires, vers de nouvelles routes et pistes à découvrir.

Dès le début, les brassards numérotés en guise de dossards se sont imposés. Le fait que bon nombre des participants me demandaient d’avoir le même numéro que celui porté sur un précédent événement Chilkoot m’a fait dire qu’un affectif se créait entre le coureur cycliste et « son numéro Chilkoot ». J’ai alors pensé qu’une offre Chilkoot Cycle Club était susceptible de s’inscrire dans cette dynamique de partage et de compagnonnage. La première promotion comptait déjà 118 membres. Ce qui est génial c’est de mesurer l’état d’esprit à chaque événement. Cela s’apparente à une réunion de famille qu’il serait impossible ou trop triste de rater.

C’est également dans cette lancée que l’idée du Chilkoot Cycle Club Tour s’est imposée comme une évidence. Après avoir réceptionné les maillots, brassards et autres cuissards auprès de mon fournisseur textile et réalisé le dispatch des packs individuels je me suis confronté à la problématique et au coût d’expédition par Poste ou transporteur privé de plus de 100 colis. Autant aller directement à la rencontre des membres. Cette idée s’est vite confirmée comme bonne tant les réponses étaient nombreuses et enthousiastes. Au final, cette tournée, c’est un cumul de 2640 km, de 5 nuits sur un matelas à l’arrière de mon van, de somptueux paysages et de routes de traverse, de retrouvailles, de découvertes, d’anecdotes, de cadeaux et d’échanges autour de cafés et repas au gré des 19 arrêts répartis sur cinq jours au cœur de l’hiver.

3/ Les Classics Challenge (#CC) par François Paoletti

L'idée des Classics Challenge est née de la lecture d'un article de Jean Dury dans le magazine Cycle! Il y racontait l'histoire des courses de vélo à Paris. Comme beaucoup, je connaissais Paris-Brest-Paris ou Paris-Roubaix mais pas le Paris-Rouen – qui fut la toute première course de vélo de ville à ville – et encore moins la centaine de courses qui a suivi. J'ai eu envie de partager ce patrimoine. La plupart de ces courses ayant disparu, ça me semblait une façon de tisser des fils mémoriels entre les cyclistes d'hier et ceux que nous sommes plus d'un siècle après.

Au delà de la dimension historique, l'idée est on ne peut plus simple : proposer à des cyclistes sportifs de se retrouver chaque mois pour un parcours inédit, partant de Paris et ralliant une ville distante. L’enjeu est alors d’offrir des itinéraires hyper travaillés, à l'écart du trafic routier, à parcourir gratuitement dans un esprit de camaraderie. Les participants peuvent choisir leur groupe d’allure et effectuer le parcours avec des cyclistes de leur niveau. Nous en sommes à la quatrième saison et la communauté continue de grandir, que ce soit à Paris ou à Lille grâce à notre deuxième #CC local.

Mon autre envie de départ était de pouvoir dépasser les clivages habituels présents dans le cyclisme : cyclosportifs contre cyclotouristes, routiers contre triathlètes, membres d'un club contre non licenciés, etc. Je crois que c'est ce brassage qui fait notre spécificité et qu'il est pour beaucoup dans le plaisir qu'ont nos membres à se retrouver. J'ai beaucoup de respect pour les clubs, qui reposent sur le dévouement de dirigeants bénévoles et j’ai moi même été licencié pendant trois saisons. Il n'y a rien que je n'aime pas dans les clubs mais je dirais que les #CC diffèrent par le fait qu’un club traditionnel se doit d'organiser des sorties tous les week-ends. Dans ces conditions, il est difficile, voire impossible, de se renouveler au niveau des parcours, ce qui explique que les sorties reposent le plus souvent sur quelques boucles, toujours les mêmes. C’est pour cela que les #CC parviennent à rassembler des membres de différents clubs qui viennent une fois par mois pour découvrir de nouveaux paysages ou des routes alternatives.

Bien que notre club Strava compte près de 5000 membres – l’un des plus importants de France – pour chaque #CC nous limitons à 300 le nombre de participants. Tous nos parcours sont néanmoins disponibles sur Strava et tout le monde peut s'en saisir. D'ailleurs, chaque semaine, de nombreuses sorties s'organisent entre les membres de la communauté. Ils se retrouvent pour rouler d'anciens #CC, y compris ceux des années précédentes.

En juillet, nous avions lancé une grande enquête qui a confirmé notre intuition que notre communauté ne partageait pas que des centres d'intérêt sportifs. Elle est férue de tout ce qui touche à la culture-vélo. Nous avions déjà organisé une exposition autour de quinze photographes-cyclistes et elle avait recueilli un vrai succès. Nous nous sommes également rendus compte que plus de la moitié de la communauté a fait du vélo son mode de déplacement au quotidien. On peut en déduire qu'elle est sensible à ce qui touche à la mobilité et aux enjeux écologiques. C'est donc un territoire sur lequel nous avons envie de prendre la parole et de faire des choses. À 5000, on commence à avoir une certaine légitimité.

Malgré le nombre d’inscrits, nous sommes une toute petite équipe : Romain s'occupe des parcours, Sophie des photos, moi du reste et de la communication. Nous bénéficions également de l'appui de l’agence St John's. Nous recevons régulièrement des demandes pour lancer les #CC dans d'autres villes et je rêve que le phénomène puisse s'étendre à d'autres métropoles, plutôt à l'international. Dans la logique d'ouverture de nouvelles villes, nous visons évidemment un pilotage local, à partir d'un cahier des charges garantissant que le concept et les valeurs des #CC soient bien sûr respectés.

4/ Le Rapha Cycling Club (RCC) par Franziska Stenke

Le Rapha Cycling Club (RCC) a la particularité d'être un club lié à une marque (Rapha), mais surtout d'être à la fois international et local. Chaque Clubhouse (boutique) représente un chapitre du club. Les pays qui n’ont pas de Clubhouse sont rassemblés au sein du chapitre International.

En France, nous faisons partie du chapitre International, mais la plupart des activités ont lieu à Paris puisque c’est là que se trouve la majeure partie des membres. L’avantage d’avoir une ville-clé, c’est que les gens qui voyagent régulièrement peuvent tisser des liens avec les autres membres du club et échanger leurs expériences à travers le monde. De manière locale cela se traduit par des sorties récurrentes (entraînement le mercredi soir, tour amical et café le vendredi matin, sorties le week-end) et des événements plus larges comme le Day in Hell (challenge en hommage à Paris-Roubaix) ou une présence en temps que sponsor sur l’Étape du Tour, avec des avantages et services réservés aux membres.

La plupart des clubs traditionnels ont besoin de partenaires, qu’il s’agisse de sponsors ou du soutien d’une commune. Le fait d’être déjà lié à une marque et donc d’avoir un genre de sponsor unique nous permet de nous concentrer sur les sorties, les événements et la vie du club plutôt que sur les tracas logistiques et financiers.

L’aspect premium de la marque permet de toucher les gens qui souhaitent quelque chose de différent en terme d’image et n’ont pas envie de rouler dans une tenue bariolée de logos en tout genre, mais à part ça le club est un club comme les autres. Mis à part les services, le seul truc qui diffère vraiment – et qui est spécifique à la France – c’est qu’on ne peut pas être affilié à une fédération car nous sommes une marque et pas une association avec président, trésorier et compagnie.

En terme de niveau, cela va du mec qui vient faire son premier cent bornes avec nous à celui qui cherche des compagnons de route pour un défi sportif comme la BTR ou l’Étape du Tour. Chacun apporte ce qu’il connaît en matière de parcours, de manière de rouler et de projets. Quand tu es au sein d’un groupe, il y a toujours des personnes motrices qui vont se lancer des challenges et en parler aux autres. Les gens ont envie de voir jusqu’où ils peuvent aller et avec le club ils savent qu’ils ne se retrouvent pas seul. Que tu commences le vélo ou que tu prépares la Transcontinental, cela va intriguer les autres. Ils vont t’accompagner pour voir si ça leur plait et s’ils franchissent le cap, il y a de fortes chances qu’ils deviennent mordus. C’est le principe de sortir de sa zone de confort et finalement c’est ça le cyclisme. C’est un sport difficile, c’est un sport où tu dépasses physiquement et mentalement, tu te dis « plus jamais » et une semaine après tu repenses à tout ce que tu as vécu, tout ce que tu as partagé et tu finis par retrouver les autres pour recommencer.

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LES VELO-CLUBS FRANÇAIS – 1ère Partie

La section cyclo de l’AS Meudon & le rallye du Toboggan Meudonnais.

LES VELO-CLUBS FRANÇAIS – 2ème Partie

Un entraînement avec l'Etoile Cycliste de Clermont Ferrand.