LES VELO-CLUBS FRANÇAIS – 1ère Partie

La section cyclo de l’AS Meudon & le rallye du Toboggan Meudonnais

Alors que l’Angleterre a connu un boum du cyclisme, fruit d’une heureuse conjoncture où se mêlent deux Grand Départ du Tour de France, les succès de l’équipe nationale sur piste puis du Team Sky sur route, une politique de répression automobile aux portes de la capitale, l’engouement pour les pignons fixes et les maillots de luxe en mérinos, la France fait les choses à sa manière.

En France, il suffit que vous entriez dans un café en cuissard pour qu’un habitué vous parle de Virenque ou d’un oncle qui a gravi le Ventoux mais lorsque vous dites à vos amis que c’est votre passion on vous prend pour un ringard. Dans l'héxagone, le vélo n’est plus un ascenseur social réservé aux durs au mal mais ce n’est pas encore le “nouveau golf” des classes supérieures. Si les déplacements à vélo vont croissant, le sport cycliste reste l’apanage des clubs où chacun prêche pour son maillot, dans l’idéal le plus coloré et bariolé de logos possible !

Les fédérations

À l’origine des clubs, il y a un désir naturel : celui de se retrouver pour partager une même passion. Ainsi, conjointement aux balbutiements de l’engin, les premiers pratiquants se sont regroupés en diverses sociétés de gentlemen et l’Union Vélocipédique de France voit le jour dès 1881. Cette dernière donnera naissance à la Fédération Française de Cyclisme.

Le monde des vélo-clubs est donc à la fois simple, puisqu’il découle d’un besoin social et logistique quasi-inhérent à celui de n’importe quelle pratique sportive, et complexe car il est réparti entre quatre fédérations.

La Fédération Française de Cyclisme (FFC) forme et fait courir les champions et futurs champions. Nous y reviendrons dans un autre reportage.

La Fédération Français de Cyclo Tourisme (FFCT) met tout en œuvre pour que les cyclistes puissent parcourir la France dans les meilleures conditions possibles. C’est elle qui, par l’intermédiaire bénévole des clubs, organise des randonnées qui vont du rallye local au prestigieux Paris-Brest-Paris.

En parallèle, deux fédérations omnisports comptent également des licenciés en cyclisme : la Fédération Sportive et Gymnique du Travail (FSGT) et L’Union Française des Œuvres Laïques d’Éducation Physique (UFOLEP) permettent aux amateurs de se mesurer de manière sportive et amicale. Leurs courses se distinguent de celles de la FFC par le fait qu’il n’y ait aucune prime en jeu. Elles nécessitent également une organisation moins lourde financièrement.

Un club en pratique

L'ASM Cyclo, ou club de Meudon, est située en proche banlieue parisienne, à quelques encablures du Parc Naturel Régional de la Haute Vallée de Chevreuse. Elle correspond à la section cycliste de l’association sportive municipale qui fête ses 80 ans cette année. Nous l’avons choisie pour son mode de fonctionnement représentatif de celui de la plupart des clubs de cyclotourisme français.

Avec une bonne centaine de membres, l’ASM a la dimension idéale. En effet, la gestion d’une plus grosse structure demanderait l’investissement régulier d’un grand nombre de bénévoles tandis qu’un club plus petit aurait du mal à proposer des activités attractives. La moyenne d’âge des adhérents est de cinquante ans. Le plus jeune a 19 ans et le plus âgé 81 ans. Il est à noter que seuls cinq adhérents sont des adhérentes.

Au sein de l’ASM, les « cyclos » (FFCT) et les « coursiers » (FSGT & UFOLEP) cohabitent et s’entraident. Ainsi, les cyclos viennent assurer la sécurité des coureurs lors de la course annuelle de l’ASM et les coursiers prêtent main forte pour le fléchage et les pointages du rallye du club. En revanche, le club n’a pas vocation à être une école de cyclisme puisque cette fonction est celle des clubs FFC.

La cotisation annuelle coûte 40€. Les adhérents bénéficient en outre de tarifs de groupe sur le petit matériel et de partenariats avec plusieurs vélocistes. En plus des sorties dominicales et des entraînements, la direction établit un programme d'activités allant du week-end aux séjours d’une semaine. La mairie participe aux frais en échange de l’implication des adhérents dans l’organisation des événements.

Sortie de club

Chaque dimanche matin, les membres de l’ASM Cyclo se retrouvent à 8h en lisière de la Forêt de Meudon. Le club a tracé une vingtaine de parcours, effectués à tour de rôle dans un sens ou dans l’autre. Les cyclistes se répartissent en trois groupes de niveau.

Le groupe 3 ouvre la route à son allure habituelle de 23 kilomètres heure. Nous devions accompagner le groupe 2 qui compte une cinquantaine de cyclistes roulant à 25 km/h de moyenne, mais la plupart des habitués sont partis faire le rallye du club voisin de Boulogne-Billancourt. Nous rejoindrons donc le groupe 1 constitué d’une vingtaine de cyclos de bon niveau et de coursiers en fin de saison.

Alors que nous filons pour 90 km en dents de scie, nous faisons la connaissance de Christian. Il a rejoint le club pour retrouver la forme après avoir été renversé par une voiture. Le groupe l’aide à se dépasser, mais également à sortir du lit. Une motivation que partagent bon nombre de membres.

Après la côte de la Vacheresse, c’est au tour de Gille-Antoine de nous évoquer son parcours. Il a découvert le vélo en voyageant et cherchait des compagnons de route. Christian l’a invité à le suivre. Depuis, il vient de Paris chaque dimanche et prend plaisir à rouler vite et sans sacoches. Il faut dire qu’il est très agréable de pédaler au sein de ce groupe où les gens se connaissent et savent rouler. Les plus affutés attendent en haut des bosses mais le peloton est homogène. De leur côté, les plus anciens s’amusent à bricoler un parcours à la carte, évitant ainsi les murs les plus raides sans pour autant se priver de l’ambiance de la bande.

Les coursiers se reconnaissent à leurs roues à hauts profils. Vincent courait en club lorsqu’il était adolescent. Classé parmi les meilleurs de sa région, il a vite déchanté en rejoignant les catégories adultes. L’époque n’était pas la plus saine et la perspective des primes poussait quelques baudets à se transformer en chevaux de course à l’aide d’adjuvants peu homéopathiques. Vincent a mis son vélo au clou pendant vingt ans puis, le temps faisant son office, l’envie est revenue. En Ile de France, le vélo reste le meilleur sport pour trouver un peu de nature.

Nous profitons d’une pause-crevaison pour faire la connaissance d’autres coursiers. Ces derniers reprendront leur entraînement spécifique début novembre et formeront un groupe à part jusqu’à la reprise des courses. Meudon étant à flanc de coteaux, il est aisé de s’y concocter un parcours d’une trentaine de bosses à faire en semaine. Roland est connu pour être le seul à « descendre le 11 dents » et nous tire aux limites de l’excès de vitesse. Cette année, il a fait trente-deux courses. Il nous encourage à essayer. « Prenez un carton en troisième catégorie, vous verrez si ça vous plait. Et puis ça vous donnera du rythme si vous faites des cyclos. »

Après une dernière série de bosses, le peloton s’égrène progressivement. Le verre de l’amitié n’est pas dans les habitudes du club, mais le nouveau local pourrait bien changer la donne.

Le Toboggan Meudonnais

Le Toboggan Meudonnais est le rallye annuel du club de Meudon. À l’heure de sa trente-huitième édition, cette randonnée parfaitement fléchée est l’une des plus célèbres d’Ile de France. Si le parcours en forme de « Best-of de la Vallée de Chevreuse » et son emplacement dans le calendrier y contribuent, c’est surtout pour les huîtres aux points de ravitaillement que le Toboggan est connu.

Il ne faut pas moins de 70 bénévoles pour faire de ce rallye un succès. Heureusement, même les adhérents les moins actifs de l’ASM répondent présent pour flécher le parcours à une centaine d’intersections, gérer les inscriptions à l’aube, ouvrir les huîtres ou encore éplucher le millier de bulletins pour identifier les participants méritant d’être distingués : le plus jeune, le plus expérimenté ou le club le plus représenté par exemple.

Sur le Toboggan comme sur la plupart des rallyes, il est possible de choisir parmi plusieurs parcours : 45, 75 et 90 kilomètres. Cette démarche permet de rendre le cyclotourisme accessible au plus grand nombre. On croise des petits grimpeurs et des grands rouleurs, des affutés et des enveloppés, des débutants tout équipés et d’anciennes gloires en guenilles.

Les huîtres en surprennent plus d’un et les végétariens se consolent au camembert. On peut voir des maillots de partout et de tout type de clubs. Il y a l'Amicale Cyclo de Savigny-sur-Orge, l'Entente Sportive de Nanterre, le Rapha Cycling Club, le Sporting de Levallois et même les expatriés du Paris Cycling Group.

L’ASM et Strava

Le Club Strava de l'ASM a été créé il y a cinq ans à l’initiative de Baptiste Amiet, actuel président du club. Seuls quatre adhérents – tous compétiteurs – étaient alors utilisateurs de la plateforme. Grâce à la création de petits challenges, le club compte à présent 70 membres, malgré la moyenne d’âge des adhérents de l’ASM.

Cette démarche s’accompagne d’un plus gros chantier de modernisation. En effet, le site est archaïque, le forum délaissé, les documents périmés et les derniers compte-rendus d’activité ne sont plus mis en ligne. Aujourd’hui, le club fonctionne essentiellement par mail, mais avec une centaine d’adhérents et différentes sections, les échanges ne sont pas faciles à gérer. Pour Baptiste, il est crucial de changer ce mode de fonctionnement afin de centraliser les informations, d’améliorer le côté participatif et d’attirer de nouveaux visages. Les nouvelles fonctionnalités des Clubs Strava devraient lui permettre d’y parvenir aisément et sans aucun frais.